ÉconomieHistoire & genèse

Histoire & genèse de l'économie : de l'oikos antique à la science politique naissante

De l'économie de redistribution des temples d'Uruk (v. 3000 av. J.-C.) à La Richesse des nations d'Adam Smith (1776) : généalogie mondiale de la pensée économique, avec un traitement réel des foyers chinois, islamiques et africains.

Publié le 24 août 2026

Introduction

Il n'existe pas un seul acte de naissance de l'économie, mais plusieurs, séparés par des millénaires et des continents. Avant même que le mot n'existe, des administrateurs de temples mésopotamiens organisaient déjà la production et la redistribution de l'orge et de la laine, dans la région correspondant aujourd'hui à l'Irak méridional, dès le IVe millénaire av. J.-C. Mais le mot lui-même — « oikonomia » (οἰκονομία), littéralement « la règle [nomos] de la maison [oikos] » — a un inventeur documenté : le philosophe et général athénien Xénophon (né vers 430 av. J.-C., mort vers 354 av. J.-C.), qui rédige après 362 av. J.-C. un dialogue intitulé Oikonomikos (« L'Économique »), sur le territoire correspondant à la Grèce actuelle. C'est dans ce texte que le terme reçoit sa première définition écrite connue : l'art de gérer et de faire fructifier un patrimoine domestique.

Cet article retrace la généalogie de la pensée et de la pratique économiques, depuis les premières administrations organisées de l'Antiquité jusqu'aux prémices de l'économie politique comme discipline autonome, actée conventionnellement par la publication de La Richesse des nations d'Adam Smith (1723-1790) le 9 mars 1776 à Londres, dans le royaume britannique actuel. Entre ces deux bornes chronologiques — Xénophon après 362 av. J.-C. et Smith en 1776, soit un intervalle d'environ 2 138 ans — se déploient des pratiques économiques attestées bien plus anciennes (Mésopotamie, Égypte, Chine), des théorisations médiévales majeures portées aussi bien par la scolastique latine que par l'économie islamique (au premier rang desquelles la théorie du cycle économique d'Ibn Khaldoun, né le 27 mai 1332 à Tunis, mort le 17 mars 1406 au Caire, dans les territoires correspondant respectivement à la Tunisie et à l'Égypte actuelles), et des systèmes d'échange africains précoloniaux d'une sophistication trop souvent minorée par l'historiographie classique — empire du Ghana (Wagadou), empire du Mali, empire Songhaï, Grand Zimbabwe.

Conformément à la ligne éditoriale de Sankofa Finance, cet article s'efforce de dater chaque fait avec la précision permise par les sources disponibles, de nommer les premiers titulaires connus des rôles fondateurs quand un document primaire l'atteste, de signaler honnêtement les incertitudes et les débats historiographiques non tranchés, et de donner un traitement réel — non symbolique — aux économies et penseurs africains, trop souvent réduits à une note de bas de page dans les récits occidentaux de l'histoire économique.

I. Antiquité — l'économie sans le mot : pratiques, administrations et premières théorisations (env. 3000 av. J.-C. – 1er siècle apr. J.-C.)

1.1 Mésopotamie : l'économie de redistribution des temples et le premier droit économique écrit

Les plus anciennes traces d'une gestion économique organisée et documentée par écrit proviennent de la basse Mésopotamie, dans la région correspondant aujourd'hui au sud de l'Irak. Cette antériorité concerne spécifiquement les archives économiques mésopotamiennes ; sur le terrain plus large de l'écriture elle-même, l'Égypte dispose de sources tout aussi anciennes (voir la note d'intégrité chronologique en section 1.2) et la priorité exacte entre les deux systèmes d'écriture reste un débat scientifique non tranché plutôt qu'un fait établi. Dès la fin du IVe millénaire av. J.-C., les cités-temples sumériennes — Uruk étant la plus étudiée, avec une population estimée à son apogée à environ 50 000-80 000 habitants vers 3000 av. J.-C. — organisent une économie de redistribution : les institutions du temple et du palais collectent le grain produit par l'agriculture irriguée, le stockent dans des greniers centraux, puis le redistribuent à leur personnel sous forme de rations. Cette organisation est documentée par des archives administratives, dont l'une des plus détaillées est celle du temple de la déesse Ba'u, dans la cité sumérienne de Girsu (site actuel de Tello, en Irak), un corpus d'environ 1 800 tablettes datées de la première moitié du XXIVe siècle av. J.-C. (soit approximativement 2400-2350 av. J.-C.), décrivant la culture des terres, l'élevage et la gestion des stocks du temple.

Cette tradition juridique mésopotamienne est plus ancienne et plus disputée qu'on ne le croit souvent. Le code de lois le plus ancien actuellement connu n'est pas celui de Hammurabi mais le Code d'Ur-Nammu, roi de la troisième dynastie d'Ur (règne v. 2112-2095 av. J.-C.), rédigé en sumérien et daté d'environ 2100-2050 av. J.-C. — soit environ trois siècles et demi avant Hammurabi — sur des tablettes retrouvées à Ur (Tell el-Muqayyar, Irak). Son attribution reste débattue : plusieurs assyriologues l'attribuent à son fils Shulgi. Vient ensuite le Code de Lipit-Ishtar (Isin, Irak), promulgué vers 1934-1924 av. J.-C., puis les Lois d'Eshnunna (Tell Asmar, Irak), datées entre environ 1930 et 1770 av. J.-C. selon les auteurs, associées au règne de Dadusha. Ce dernier texte présente un intérêt particulier : ses premières dispositions fixent une liste de prix officiels (orge, huile, laine) et des tarifs de location de bêtes de trait — le plus ancien exemple documenté connu de fixation étatique des prix et des salaires, antérieur à Hammurabi d'au moins quelques décennies, voire d'environ un siècle et demi.

Le Code de Hammurabi, promulgué sous le règne du sixième roi de Babylone (1792-1750 av. J.-C. environ, code daté de 1754 av. J.-C.), demeure le texte le plus abouti de cette tradition. Babylone se situait sur le site de l'actuelle Hillah (Irak). Sur 282 dispositions gravées sur une stèle de basalte noir conservée au musée du Louvre (redécouverte à Suse, Iran, en 1901-1902), près de la moitié concerne des questions économiques directes : salaires agricoles, tarifs de location, responsabilité en cas de dommage, encadrement des prix et sanctions contre la fraude commerciale.

Sur la question de sa paternité, la prudence s'impose. Le relief sculpté au sommet de la stèle montre Hammurabi recevant les attributs du pouvoir judiciaire du dieu-soleil Shamash — une mise en scène de légitimation divine, non une déclaration d'auteur moderne. Les travaux de Pamela Barmash indiquent que le texte a été composé par des scribes de la cour royale à partir d'un répertoire de cas juridiques types, compilé vers la fin du règne d'Hammurabi. Jean Bottéro a avancé qu'il s'agissait moins d'un code effectivement appliqué que d'un monument de justice royale, argument appuyé par le fait qu'aucun contrat babylonien retrouvé ne cite ce texte. Reuven Yaron conteste même le terme de « code ». Ce document ne tranche pas ce débat, il se contente de le signaler.

Aucune source primaire ne nomme d'individu comme « théoricien économique » en Mésopotamie : les textes sont des actes de gestion, non des traités de réflexion. La théorisation explicite apparaît plus tardivement en Chine et en Grèce.

1.2 Égypte ancienne : économie administrée, salaires en nature et la première grève documentée de l'histoire

L'Égypte pharaonique développe une économie « administrée » : le pharaon et son administration dirigent la production agricole, la collecte de l'impôt en nature et la redistribution des surplus. L'Égypte ne connaît pas de monnaie métallique frappée avant l'époque tardive (contacts grecs, VIe-Ve siècle av. J.-C.) : les échanges reposent sur un système de rations et d'unités de compte en nature (le deben de cuivre ou d'argent comme unité de valeur sans pièce physique).

Le site le mieux documenté pour l'étude des salaires est le village des artisans de Deir el-Médineh, sur la rive occidentale de Thèbes (Louxor actuel). Les ouvriers chargés des tombes royales de la Vallée des Rois recevaient des rations régulières (pain et bière quotidiens, sandales hebdomadaires, tissu annuel). C'est la rupture de ce système qui produit la grève de Deir el-Médineh, documentée par le papyrus de la grève de Turin, survenue lors de la 29e année du règne de Ramsès III, soit vers 1159-1157 av. J.-C. Les artisans, privés de leurs rations, cessent le travail et se rassemblent devant les temples funéraires — le premier arrêt de travail collectif documenté de l'histoire, environ 796 ans avant l'Oikonomikos de Xénophon.

1.3 Chine ancienne : Guan Zhong et l'État interventionniste de Qi

En Chine, la réflexion sur la gestion économique de l'État apparaît avec Guan Zhong (管仲), chancelier de l'État de Qi (Shandong actuel), actif durant la période des Printemps et Automnes (770-476 av. J.-C.) et mort vers 645 av. J.-C. Il est crédité d'avoir instauré un système fiscal fondé sur la productivité des terres et d'avoir fait de l'État le gestionnaire monopolistique du sel et du fer — une politique documentée près de deux millénaires avant le mercantilisme européen.

Deux précautions s'imposent : l'essentiel de ce que l'on sait de Guan Zhong provient du Guanzi, recueil compilé sur plusieurs siècles après sa mort ; et sa biographie la plus synthétique nous vient de Sima Qian (司马迁, v. 145 – v. 86 av. J.-C.), dans ses Mémoires historiques (Shiji), chapitre Huozhi liezhuan, achevé vers 91 av. J.-C. — environ 550 ans après la mort de Guan Zhong, ce qui impose la prudence sur l'exactitude des détails.

1.4 Grèce antique : Xénophon, inventeur du mot « oikonomia », et Aristote

C'est en Grèce antique que la réflexion économique reçoit, pour la première fois de façon attestée par un texte signé et daté, un nom et une définition explicite. Xénophon d'Athènes (né vers 430 av. J.-C., mort vers 354 av. J.-C.), disciple de Socrate, rédige un dialogue en deux parties intitulé Oikonomikos (Οἰκονομικός), dont la datation généralement admise se situe après 362 av. J.-C. Dans la partie conclusive du dialogue, Xénophon propose la première définition écrite connue du terme oikonomia : l'art de gérer et de faire fructifier les biens d'un patrimoine (l'oikos), un champ qui inclut alors la gestion agricole, domestique et le commandement du personnel — mais pas encore la richesse d'une cité ou d'une nation au sens moderne. Xénophon est aussi l'auteur de Poroi (« Revenus »), consacré aux moyens d'accroître les recettes publiques d'Athènes sans recourir à la guerre — un texte antérieur d'environ 1 979 ans à La Richesse des nations.

Une génération plus tard, Aristote (384-322 av. J.-C., né à Stagire, Macédoine centrale actuelle), dans son traité Politique (rédigé vers 350 av. J.-C.), approfondit la distinction entre l'oikonomia, gestion domestique orientée vers la satisfaction des besoins naturels, jugée légitime, et la chrématistique (χρηματιστική), l'art de l'accumulation de richesse pour elle-même — via le commerce de profit et le prêt à intérêt —, qu'Aristote juge contraire à la nature. Cette distinction influencera directement la doctrine scolastique médiévale sur le juste prix (voir 2.1), un héritage transmis sur environ seize siècles jusqu'à Thomas d'Aquin.

1.5 Afrique antique : Pount, Kouch, les Garamantes et les prémices du commerce transsaharien

L'historiographie économique classique a longtemps laissé dans l'ombre les circuits d'échange africains antérieurs au Moyen Âge. Les sources, bien que plus fragmentaires, attestent cependant de réseaux commerciaux organisés dès l'Antiquité.

Les expéditions vers le pays de Pount : les annales égyptiennes documentent des expéditions vers Pount, fournisseur d'encens, myrrhe, ébène, ivoire et or. La plus ancienne attestée est datée du règne de Sahourê (Ve dynastie), vers 2400 av. J.-C. ; la plus célèbre, celle d'Hatchepsout, vers 1470 av. J.-C., représentée à Deir el-Bahari (Louxor). La localisation exacte de Pount reste débattue — hypothèses convergeant vers la Corne de l'Afrique (Érythrée, Djibouti, nord de la Somalie, Soudan oriental), sans consensus définitif.

Le royaume de Kouch : au sud de l'Égypte (Soudan actuel), capitale successivement Kerma, Napata puis Méroé, entretient dès le IIe millénaire av. J.-C. des échanges réguliers avec l'Égypte (or, ivoire, ébène, bétail). La période méroïtique s'étend d'environ 300 av. J.-C. à 350 apr. J.-C., avec une métallurgie du fer développée (Méroé parfois qualifiée de « Birmingham de l'Afrique antique », comparaison à manier avec prudence).

Les Garamantes : dans le Fezzan (sud-ouest de la Libye actuelle), cette civilisation développe entre environ 1000 av. J.-C. et 700 apr. J.-C. un réseau d'oasis irriguées (foggaras) et des routes caravanières, d'abord avec des chars (gravures v. 1000 av. J.-C.), puis le dromadaire domestiqué (daté d'environ 100-300 apr. J.-C.), rendant possible l'intensification des échanges transsahariens environ quatre siècles avant l'essor de l'empire du Ghana.

Ces éléments ne permettent pas d'identifier un « premier théoricien économique » africain nommé pour cette période, comparable à Xénophon ou Guan Zhong : les textes disponibles sont des annales royales et vestiges archéologiques, non des traités signés. Cette absence documentaire doit être signalée comme une limite des sources plutôt que comme preuve d'une absence de réflexion économique — la théorisation nommée apparaît plus nettement avec Ibn Khaldoun (1332, voir 2.2) puis les panafricanistes du XXe siècle (voir 4.2).

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II. Moyen Âge — doctrines religieuses, économie islamique et empires marchands africains (env. 300 – 1600 apr. J.-C.)

2.1 La scolastique latine : juste prix et interdiction du prêt à intérêt

Dans l'Europe chrétienne médiévale, la réflexion économique se développe dans le cadre de la théologie morale. La doctrine du juste prix (justum pretium) postule qu'un échange n'est licite que si le prix correspond à une évaluation raisonnable de la valeur du bien. Le théologien le plus associé à cette doctrine est Thomas d'Aquin (né en 1225 au château de Roccasecca, royaume de Sicile, mort le 7 mars 1274 à l'abbaye de Fossanova, Italie actuelle), dans sa Somme théologique (1265-1274 environ), IIa-IIae question 77 pour le juste prix, question 78 pour la condamnation du prêt à intérêt. Cette doctrine hérite directement de la distinction aristotélicienne oikonomia/chrématistique, retransmise via les traductions arabo-latines d'Aristote aux XIIe-XIIIe siècles.

2.2 L'économie islamique médiévale : d'Abu Yusuf à Ibn Khaldoun

Le monde islamique médiéval développe, souvent en amont chronologique de la scolastique latine, une tradition de réflexion économique substantielle.

Abu Yusuf et le Kitab al-Kharaj (798 apr. J.-C.) : le juriste hanafite Abu Yusuf Ya'qub ibn Ibrahim (né v. 731, mort en 798), grand cadi sous le calife Harun al-Rashid, rédige à Bagdad le Kitab al-Kharaj, achevé peu avant sa mort — antérieur de 967 ans à La Richesse des nations. Ce traité théorise la fiscalité foncière et la gestion des ressources publiques (le Diwan al-Kharaj ayant été institué dès l'an 20 de l'Hégire, 640-641).

Ibn Khaldoun et la Muqaddima (1377) : né le 27 mai 1332 à Tunis, mort le 17 mars 1406 au Caire, il se retire à 45 ans pour rédiger le Kitab al-'Ibar, dont l'introduction, la Muqaddima, achevée en 1377 au château de Qal'at Ibn Salama (Algérie actuelle), est son texte le plus étudié. Il y développe le concept d'assabiyya (عصبية, cohésion sociale), moteur de la formation et du déclin des dynasties. Sur le plan économique, il articule une théorie cyclique : fiscalité modérée des dynasties naissantes stimulant production et commerce, puis alourdissement fiscal à mesure que le pouvoir s'installe, réduisant paradoxalement les recettes de l'État — mécanisme aujourd'hui rapproché de la courbe de Laffer (années 1970), soit environ 593 ans plus tard.

> Note d'intégrité éditoriale. Ibn Khaldoun est cité dans cet article pour sa contribution documentée à l'histoire de la pensée économique. Par souci d'honnêteté envers nos lectrices et lecteurs, la rédaction de Sankofa Finance signale qu'il écrit par ailleurs, dans un passage largement documenté de la même Muqaddima (1377 ; traduction de référence : Franz Rosenthal, The Muqaddimah: An Introduction to History, Bollingen Series XLIII, 1958), que « les nations nègres sont, en règle générale, soumises à l'esclavage, parce qu'[les Noirs] ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des caractéristiques assez semblables à celles des animaux stupides » — une justification explicite de l'esclavage racial, abondamment étudiée et citée par les historiens (voir notamment Bernard Lewis, Race and Slavery in the Middle East, Oxford University Press, 1990 ; Chouki El Hamel, Black Morocco: A History of Slavery, Race, and Islam, Cambridge University Press, 2013). Ailleurs dans son œuvre, Ibn Khaldoun rejette la légende dite de la « malédiction de Cham » comme explication biologique de la couleur de peau, préférant une explication climatique — une position que les spécialistes jugent elle-même contradictoire avec le passage ci-dessus, la cohérence de sa pensée sur cette question restant un débat académique non tranché. Sankofa Finance encourage vivement ses lectrices et lecteurs à approfondir cette question par leurs propres recherches plutôt que de s'en tenir à un seul résumé, y compris le nôtre.

2.3 Les empires ouest-africains : Ghana, Mali, Songhaï et les routes de l'or et du sel

L'Afrique de l'Ouest médiévale voit se succéder trois grands ensembles politiques dont la puissance repose sur le contrôle et la taxation du commerce transsaharien, en particulier de l'or et du sel.

L'empire du Ghana (Wagadou) : le royaume soninké de Wagadou, connu dans les sources arabes sous le nom d'empire du Ghana, a sa capitale identifiée par l'archéologie au site de Koumbi Saleh (sud-est de la Mauritanie actuelle, près de la frontière avec le Mali). Sa fondation reste débattue : traditions orales et chroniques la situent vers le IIIe-IVe siècle apr. J.-C., d'autres sources au VIe siècle — divergence non tranchée faute de sources contemporaines. Son essor commercial s'intensifie à partir du VIIIe siècle, apogée au Xe siècle apr. J.-C. Sa capitale tombe aux mains des Almoravides en 1076-1077 apr. J.-C. ; le royaume est intégré à l'empire du Mali naissant après 1240 apr. J.-C.

L'empire du Mali : fondé après la victoire de Soundiata Keïta à la bataille de Kirina, datée d'environ 1235 apr. J.-C., l'empire devient la puissance dominante du commerce transsaharien à partir du XIIIe siècle, structuré autour de Tombouctou et Djenné (Mali actuel). Son rayonnement atteint une visibilité internationale avec le pèlerinage à La Mecque de l'empereur Mansa Musa, daté de 1324 apr. J.-C., dont la richesse en or aurait provoqué une dépréciation temporaire du prix de l'or sur les marchés du Caire — un des tout premiers exemples documentés à l'échelle internationale de l'effet d'un choc d'offre massif sur les prix, près de quatre siècles et demi avant les théoriciens européens de l'offre et de la demande.

L'empire Songhaï : après le déclin du Mali au XVe siècle, l'empire Songhaï, centré sur Gao (Mali actuel), devient la puissance dominante. Le règne de l'empereur Askia Mohammed (Askia le Grand), daté de 1493 à 1528 apr. J.-C., est marqué par d'importantes réformes : unification des poids et mesures, division du territoire en provinces, création de fonctions spécialisées, réglementation des routes commerciales, travaux d'irrigation le long du Niger. C'est dans ce contexte que s'inscrivent les manuscrits de Tombouctou, ville décrite par Léon l'Africain dans les années 1510 comme une ville marchande prospère.

2.4 Le Grand Zimbabwe et le commerce de l'océan Indien

Sur le plateau du Zimbabwe actuel, la cité-État du Grand Zimbabwe connaît son essor entre environ 1100 et 1450 apr. J.-C., apogée généralement située entre 1300 et 1450. Son économie repose sur l'élevage, l'agriculture, le travail du fer, du cuivre et de l'or, et surtout le commerce à longue distance de l'or et de l'ivoire vers les comptoirs swahili de l'océan Indien — Sofala et Kilwa (Mozambique et Tanzanie actuels) —, d'où les marchandises étaient exportées vers l'Arabie du Sud, l'Inde et la Chine, en échange de perles de verre, tissus et céramiques. Le déclin, daté d'environ 1450 apr. J.-C., est attribué à une combinaison de facteurs environnementaux et au déplacement des routes commerciales — pondération exacte débattue.

2.5 Corroboration chronologique : qui précède qui ?

Conformément à la méthodologie de cet article, ces affirmations comparatives sont corroborées par les dates elles-mêmes : le Kitab al-Kharaj d'Abu Yusuf (798) précède la Muqaddima d'Ibn Khaldoun (1377) de 579 ans. La chute de l'empire du Ghana (1076-1077) précède la fondation de l'empire du Mali (v. 1235) de 158 à 159 ans. Le pèlerinage de Mansa Musa (1324) précède le règne d'Askia Mohammed (1493-1528) de 169 ans. La Somme théologique de Thomas d'Aquin (1265-1274) est postérieure au Kitab al-Kharaj (798) de 467 à 476 ans, ce qui interdit d'affirmer une antériorité de la doctrine économique chrétienne médiévale sur la doctrine fiscale islamique médiévale — c'est l'inverse qui est corroboré. L'apogée du Grand Zimbabwe (1300-1450) est contemporaine, à quelques décennies près, de l'apogée de l'empire du Mali (XIVe siècle) : les deux systèmes commerciaux africains, transsaharien à l'ouest et océan Indien à l'est, culminent simultanément, sans lien de dépendance chronologique direct établi.

III. Époque contemporaine — la naissance de l'économie politique comme discipline distincte (1615 – 1776)

3.1 Le mercantilisme : Thomas Mun et la doctrine de la balance commerciale

En Europe occidentale, à partir du XVIe siècle, se développe un ensemble de doctrines regroupées a posteriori sous le nom de « mercantilisme », qui font de l'accumulation de métaux précieux et de l'excédent commercial les objectifs premiers de la politique économique d'un État. Le texte le plus souvent cité comme manifeste de cette doctrine est celui du marchand anglais Thomas Mun (né en 1571, mort en 1641), rédigé vers les années 1620, mais publié seulement après sa mort par son fils John Mun sous le titre England's Treasure by Forraign Trade, en 1664, à Londres. Membre puis directeur de la Compagnie anglaise des Indes orientales, Mun y théorise le principe selon lequel la richesse d'une nation dépend d'un solde commercial extérieur positif.

3.2 Antoine de Montchrestien et la naissance du terme « économie politique » (1615)

C'est en France que naît, pour la première fois de façon attestée, l'expression même qui donnera son nom à la discipline. Antoine de Montchrestien (né vers 1575, mort en 1621), dramaturge puis économiste, publie à Rouen en 1615 un ouvrage dédié au roi Louis XIII intitulé Traicté de l'œconomie politique. C'est ce texte qui introduit, pour la première fois de façon documentée, l'accolement des deux termes grecs oikonomia et politikos, déplaçant l'objet de la réflexion économique du cadre restreint de la maisonnée antique vers celui de la nation entière.

3.3 Les physiocrates : François Quesnay et le Tableau économique (1758)

Au milieu du XVIIIe siècle apparaît en France la première école de pensée économique structurée et consciente d'elle-même : la physiocratie. Son fondateur, François Quesnay (né en 1694, mort en 1774), médecin consultant du roi Louis XV à Versailles, publie en 1758 son ouvrage le plus influent, le Tableau économique, qui propose une représentation schématique des flux de revenus entre les classes économiques de la société. Les physiocrates défendent la primauté de l'agriculture comme seule source de richesse nette et prônent le principe du « laisser-faire, laisser-passer » — influençant directement, une quinzaine d'années plus tard, la pensée d'Adam Smith, qui séjourne à Paris en 1766 et y rencontre plusieurs physiocrates, dont Quesnay lui-même.

3.4 La première chaire universitaire d'économie politique : Naples, 1754

En 1754, à Naples, le mécène florentin Bartolomeo Intieri finance la création de la première chaire universitaire au monde consacrée au « commerce et à la mécanique », et désigne l'abbé Antonio Genovesi (1712-1769) comme son premier titulaire. Genovesi, qui choisit d'enseigner en italien plutôt qu'en latin, rédige Delle lezioni di commercio (1765-1767), considéré comme le premier ouvrage systématique d'économie politique rédigé en langue vernaculaire italienne — soit 22 ans avant La Richesse des nations.

3.5 Adam Smith et La Richesse des nations (1776) : l'acte de naissance conventionnel de la discipline

Adam Smith naît en 1723 à Kirkcaldy, en Écosse, et meurt en 1790 à Édimbourg. Professeur de philosophie morale à l'université de Glasgow, il publie le 9 mars 1776, à Londres, en deux volumes, An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations. Synthétisant et dépassant à la fois les apports mercantilistes et physiocratiques, Smith y développe la théorie de la division du travail, le mécanisme de la « main invisible » et une théorie de la valeur fondée sur le travail. Ce jugement doit être resitué : Smith synthétise un corpus de réflexions économiques déjà vieux d'au moins 2 138 ans (depuis Xénophon), et de 399 ans au minimum depuis Montchrestien (1615).

IV. Enjeux, courants de pensée et débats historiographiques

4.1 Le débat du « premier économiste » : Orient, Occident, Afrique

L'historiographie occidentale classique (XIXe-XXe siècle) a longtemps présenté Adam Smith comme le « père fondateur » univoque de l'économie, en minorant les apports antérieurs. Une partie de la recherche (notamment dans le monde arabo-musulman contemporain, mais aussi chez Joseph Schumpeter dans son History of Economic Analysis, 1954) présente Ibn Khaldoun comme un précurseur méconnu, antérieur de 399 ans à Smith — sans consensus académique en faisant le fondateur unique de la discipline. D'autres chercheurs mettent en avant l'antériorité chinoise (Guan Zhong), bien que la difficulté de dater précisément la part authentique de doctrine remontant à lui-même limite cette antériorité. Le terme même d'« économie » (oikonomia) est incontestablement documenté comme grec, avec Xénophon comme premier auteur connu à l'avoir défini par écrit, sans que cela ne signifie que la pratique économique organisée — bien plus ancienne, mésopotamienne et égyptienne — lui doive son origine.

4.2 Le débat historiographique sur l'économie africaine précoloniale

Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'historiographie coloniale européenne a très largement ignoré ou minoré la sophistication des systèmes économiques africains précoloniaux. Cette lecture a été frontalement contestée par une génération d'historiens africains, au premier rang desquels l'historien et anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986), dont l'ouvrage L'Afrique noire précoloniale, publié en 1960, propose une étude comparée systématique des systèmes politiques, sociaux et économiques de l'Europe et de l'Afrique noire. Diop insiste sur l'existence, avant la colonisation, de systèmes monétaires africains structurés — reposant notamment sur les cauris, monnaie coquillage attestée en circulation en Afrique de l'Ouest à partir d'environ le Xe siècle apr. J.-C. — et sur des institutions de crédit et de dépôt fonctionnellement comparables aux banques modernes. Ce débat reste vivant aujourd'hui entre une partie de la recherche universitaire occidentale et un courant panafricaniste insistant sur la nécessité de corriger un biais eurocentrique persistant.

4.3 Économie et religion : une séparation tardive et jamais totale

De la condamnation aristotélicienne de la chrématistique (vers 350 av. J.-C.) à l'interdiction scolastique du prêt à intérêt (Thomas d'Aquin, 1265-1274) en passant par l'encadrement de la fiscalité islamique par le droit religieux (Abu Yusuf, 798 ; Ibn Khaldoun, 1377), la pensée économique prémoderne se développe presque systématiquement à l'intérieur d'un cadre théologique ou philosophique plus large. La sécularisation progressive de l'analyse économique — perceptible dès le mercantilisme et pleinement affirmée avec les physiocrates (1758) et Adam Smith (1776) — constitue elle-même un fait historique daté : environ 2 126 ans séparent la définition de la chrématistique par Aristote de la publication de La Richesse des nations.

4.4 Futurs possibles : décolonisation des savoirs économiques et histoire économique globale

Les décennies récentes ont vu se développer un courant d'« histoire économique globale », qui cherche à réintégrer dans le grand récit de la discipline les foyers non européens trop longtemps marginalisés — apports chinois, islamiques, sud-asiatiques et africains. Ce mouvement s'accompagne, dans certains cercles universitaires et militants, d'un appel à la « décolonisation » des programmes d'enseignement de l'économie. Ce débat reste ouvert et politiquement sensible ; il est rapporté ici comme une tendance historiographique documentée, sans prise de position éditoriale de Sankofa Finance.

V. Synthèse — méthode Sankofa

Image simple à retenir. Imaginez une très longue route, longue de plus de 4 800 ans, qui va d'un grenier de temple à Uruk (Irak actuel, vers 3000 av. J.-C.) jusqu'au bureau d'Adam Smith à Édimbourg (Royaume-Uni actuel, 1776). Sur cette route, personne ne marche seul : des scribes mésopotamiens tiennent les comptes des greniers, un chancelier chinois nommé Guan Zhong met l'État chinois au monopole du sel, un Athénien nommé Xénophon invente le mot pour dire tout cela — « oikonomia » —, un cadi de Bagdad écrit le manuel de l'impôt, un lettré tunisien nommé Ibn Khaldoun observe que trop d'impôt tue l'impôt, des marchands soninkés, malinkés puis songhaï pèsent l'or au bord du Niger et le vendent contre le sel du Sahara, et des artisans du Zimbabwe échangent leur or contre de la soie venue de Chine par l'océan Indien. Adam Smith, en 1776, n'allume pas une lumière dans le noir : il rassemble, sur son bureau, des lampes que d'autres avaient déjà allumées, parfois des millénaires plus tôt, sur plusieurs continents à la fois.

Description d'un croquis conceptuel. Le croquis à imaginer est une frise chronologique horizontale, graduée en années, s'étendant de la gauche (3000 av. J.-C.) vers la droite (1776 apr. J.-C.). Sur cette frise, quatre lignes parallèles de couleurs différentes représentent quatre foyers géographiques : une ligne pour la Mésopotamie et le monde islamique, une ligne pour la Chine, une ligne pour le monde gréco-latin et une ligne pour l'Afrique subsaharienne. Des flèches pointillées relient les points où ces lignes se croisent ou s'influencent. Une étoile marque, à l'extrême droite de la frise, la publication de La Richesse des nations (1776), présentée non comme le point de départ unique du dessin, mais comme le point où les quatre lignes convergent visuellement pour la première fois dans un même ouvrage de synthèse.

Bibliographie

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